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Avant de présenter la maison paysanne proprement dite de la région de Mehedinti, il convient de rappeler à la hâte certaines habitations de type rudimentaire évoquant les débuts de l'art de la construction et servant, encore de nos jours, comme gîtes temporaires affectés aux exigences de la vie et des activités pastorales. Ainsi, les «pierres d'abri» (traduction littérale de l'appellation roumaine désignant ce genre d'habitation grossière : piètre colibate), sorte de grottes peu profondes, complétées par une paroi de gros blocs de pierre, et utilisées par les pâtres de la zone des alpages ; ainsi encore la tuta (terme intraduisible), construction conique faite avec des pieux enfoncés en terre et soutenant un toit de fougères sèches ; ou bien, cette autre construction, de plan rectangulaire appelée coliba de bâcie (buron) et servant, comme son nom l'indique, aux bergers dont l'activité principale est de préparer les fromages. Enfin, deux autres types d'habitations primitives, pratiquées dans le passé et tota¬lement disparues de nos jours : les huttes creusées à quelque profondeur dans la terre (bordeie) et les «trous» (poeti) de forme circulaire aux parois doublées de branches tressées.

Dans la zone des cultures et des prés, sur les hauts plateaux, on rencontre des habitats permanents, isolés, composés d'une petite maison, de quelques huttes et d'enclos (pâlânci) a ménagés avec des pieux et des branchages tressés, le tout entouré d'une palissade. L'aspect est donc celui d'une maisnie à enceinte, telle qu'on en trouve dans d'autres régions du pays également.

La maison paysanne de Mehedinti dispose en général d'un socle en pierre dont la hauteur varie avec le terrain dont il suit fidèlement la ligne si bien que, parfois, il est si élevé sur l'un des cotes, qu'il ressemble à un rez-de-chaussée, au-dessus duquel se dressent les murs. Ceux-ci sont en gros troncs de sapin ou de chêne super¬posés qui s'appuient sur de puissantes poutres en chêne appelées ursi (des «ours») probablement à cause de leur massivité. Le dégrossissage du bois de charpente représente une technique intervenant plus tard dans l'art <Je la construction paysanne. Ces maisons étaient couvertes, dans le passé, d'échandoles (des bardeaux).

Dans l'ensemble de l'architecture populaire roumaine, la région de Mehedinti se distingue par le plan de ses maisons qui présente deux importantes caractéristiques : la grande fréquence de la prispa (terrasse), encore que partielle, c'est-à-dire s'étendant seulement devant l'une des pièces de la maison, et l'emplacement du four du côté du mur de la façade.

On y rencontre deux types d'habitations rustiques : la maison basse (à rez-de-chaussée, parfois élevé) et la maison haute. La première, à son tour, peut être : a) sans terrasse ; b) à terrasse partielle ; c) à terrasse tout le long de la façade. C'est la maison à prispa partielle qui représente le type spécifique de Mehedinti en même temps que le type ancestral roumain ce qui explique sa pratique dans d'autres contrées du pays également. Cinq catégories de plans suivant le nombre des pièces — constituent ce type à terrasse partielle : 1. disposition asymétrique de la terrasse et deux pièces ; 2. disposition asymétrique de la terrasse et trois pièces ; 3. disposition pareille de la terrasse et même nombre de pièces, mais l'une d'entre elles, médiane, est une salle d'usage quotidien. Ces premiers trois plans disposent d'une seule entrée dans la maison. 4. Terrasse partielle asymétrique, trois pièces-également, mais deux entrées ; 5. disposition symétrique de la terrasse partielle (au milieu de la façade), trois pièces, une seule entrée.

La maison haute n'est pas fréquente dans la région de Mehedinti. Ce type comprend des habitations à terrasse partielle et d'autres à terrasse complète, c'est-à-dire longeant la façade. Quant à cette dernière, elle est d'une remarquable expressivité architecturale due à un gracieux jeu de pleins et de vides. Ces maisons hautes sont parfois dépourvues du rez-de-chaussée lequel est, dans ces cas, remplacé par une enfilade de piliers soutenant la terrasse de l'étage.

Par rapport à la maison paysanne de la région voisine, de Gorj, celle de Mehedinti se caractérise par un système décoratif simple et robuste, aux volumes harmonieux qui impressionnent l'oeil, alors que dans le Gorj ce sont les détails qui frappent par leur délicate mais éclatante beauté.

Les piliers en bois de la prispa sont, pour ainsi dire, la pièce <dc résistance» de ce système décoratif qui doit sa beauté à l'ensemble des volumes : ils soutiennent la solive principale de la terrasse (cosoroaba) sur laquelle s'appuient les poutres transversales joliment arquées parfois en forme d'encolure de cheval. Ces piliers sont relativement gros, de section carrée, ayant de 12 à 18 cm. de largeur ; on rencontre rarement des piliers de sec¬tion circulaire. Quels qu'ils soient, ces piliers sont — dans certains cas, assez rares — tordus (en spirale). La solive principale de la terrasse, appelée prâgar ou ilorar (parce qu'elle constitue le seuil supérieur de la porte (prag) ou parce qu'on y accroche d'habitude des pots de fleurs), est aus?i longue que la façade (7 à 10 m.). La face vers la terrasse est joliment entaillée. Parfois, le système constructif pilier-encolure-solive se complète par un autre pilier à moitié engagé dans le mur et couvrant les bouts des poutres transversale?. Une balustrade entoure la terrasse, faite avec de grosses lattes bien agencées, toutes simples par le passé, aujourd'hui d'habitude chantournées.

Pour être l'élément essentiel de la maisnie paysanne, la maison n'en est cependant pas la seule construc¬tion ; de nombreuses autres l'entourent — de types, formes et dimensions variés — remplissant des fonctions économiques diverses, pour tout dire ses annexes. En fait de fonctions économiques, la région de Mehedinti en pra¬tique de multiples, étant elle-même une région complexe vivant de l'agriculture, de l'élevage du bétail, de la pomi-culture et viticulture, des différents métiers artisanaux. A tout cela s'ajoute les moulins, les fouloirs (d'habitude des moulins à foulon), et tant d'autres installations techniques paysannes. Parmi les annexes des habitations de Mehedinti, citons les granges, les magasins en treillis pour les épis de maïs, les caves, chacune de ces constructions étant affectée à l'activité économique respective. N'oublions pas les ainsi nommées «fontaines à chevaux» (lîntîni eu cai) — un système de captation des sources côtières et dont les poutres transversales sont ciselées en forme de tête de cheval. La maisnie est entourée d'une clôture percée par une porte cochère massive, large et spacieuse, souvent très haute et dont les jambages sont artistiquement ciselés. Ces portes cochères sont de véritables ouvrages constructifs en bois de chêne entaillé.

Les caractères traditionnels se marient aux traits de nouveauté dans ce domaine de l'architecture rustique comme dans certains autres de l'art populaire. La maison paysanne de la région de Mehedinti enregistre, elle aussi, des modifications et des apparitions d'éléments nouveaux tant en ce qui concerne la structure, la décoration que les matériaux et la technique. Alors même qu'elle se présente de nos jours avec un nombre accru de pièces, elle garde cependant son aspect proportionné et son décor traditionnel, ne se départissant pas d'un certain esprit artis¬tique inné visible jusque dans les colonnes et les arcades en maçonnerie qui aujourd'hui tendent à remplacer les piliers en bois.

HARTA JUDETULUI MEHEDINTI

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